Protectorat cambodgien
- Andrei Ujupan

- 20 mai
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Dernière mise à jour : 24 mai
Le protectorat est une forme de domination coloniale qui maintient en apparence un souverain local - roi, sultan - tout en lui retirant le pouvoir réel. La puissance étrangère contrôle l’administration, les finances et la politique extérieure, en laissant la façade d’un État souverain. Au Cambodge, ce système fonctionne de 1863 à 1953, soit 90 ans.
En 1863, le roi Norodom Ier signe un traité avec l’amiral français de La Grandière. Il croit obtenir une protection militaire contre le Siam et le Vietnam, qui menacent le territoire khmer depuis des décennies. Ce qu’il signe en réalité, c’est la cession du contrôle diplomatique, commercial et douanier du Cambodge à la France. Des résidents français s’installent dans chaque province et donnent les vrais ordres aux fonctionnaires khmers. Les plantations de caoutchouc, exploitées par des entreprises françaises, rapportent d’énormes bénéfices à la métropole - derrière lesquels se cache une exploitation impitoyable des travailleurs khmers.
Paradoxalement, c’est aussi sous le protectorat que des archéologues français « redécouvrent » les temples d’Angkor et les font connaître au monde entier. Cette valorisation du patrimoine khmer sert une double fonction : elle justifie la présence française - la France se présente comme protectrice d’une grande civilisation - tout en forgeant une fierté nationale cambodgienne qui se retournera contre elle.
En 1941, les autorités françaises couronnent Norodom Sihanouk, alors âgé de 18 ans, le croyant facilement manipulable. Après la guerre, Sihanouk se retourne contre ses tuteurs. En 1952, il dissout l’Assemblée nationale, prend le contrôle du gouvernement et lance la « Croisade royale pour l’indépendance » : il voyage aux États-Unis et en France, multiplie les déclarations à la presse internationale, met la France en contradiction avec ses propres valeurs républicaines. La France, épuisée par la guerre d’Indochine voisine, cède. Le 9 novembre 1953, le Cambodge devient indépendant pacifiquement.

Au cœur de Phnom Penh se dresse le Monument de l’Indépendance, érigé en hommage à Sihanouk. Ce monument illustre comment l’indépendance cambodgienne est vécue comme une victoire personnelle du roi - une stratégie diplomatique qui a réussi là où la guerre n’était pas nécessaire. Sihanouk lui-même dira plus tard que les Français ont sous-estimé ce qu’ils avaient mis sur le trône.
Zone géographique
Cambodge (Indochine française)
Voir aussi
Sources


