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École des Beaux-Arts (Indochine)

  • Photo du rédacteur: Florin Șipoș
    Florin Șipoș
  • 24 mai
  • 2 min de lecture

Nous savons à quel point les formes d’expression artistique peuvent être différentes, non seulement d’un continent à l’autre ou d’un pays à l’autre, mais parfois même entre deux villes voisines. Le langage visuel est aussi le résultat d’un contexte culturel spécifique - national, régional ou local - le plus souvent hérité d’anciennes traditions. Il subit des transformations et finit par trouver sa place dans les courants modernistes. Parce qu’il est si particulier, de nombreuses tentatives visant à combiner, dans une formule nouvelle, deux formes d’expression différentes se sont soldées par des échecs.


C’est pourquoi l’École des Beaux-Arts de l’Indochine (EBAI) est d’autant plus précieuse: une école artistique unique au monde, qui a réussi à combiner l’art plastique européen (français) avec l’art asiatique (vietnamien). L’apparition de la peinture vietnamienne moderne est attribuée à l’influence des arts plastiques français. L’EBAI fut fondée en 1925, à Hanoï, par le peintre français Victor Tardieu et l’artiste vietnamien Nguyễn Nam Sơn.


En Asie du Sud-Est, l’École des Beaux-Arts de l’Indochine a marqué trois grandes premières: elle fut la première académie d’art occidental de la region, elle introduisit la perspective linéaire, l’anatomie, le dessin académique, la peinture à l’huile, la composition modern - des concepts jusque-là inexistants dans la tradition vietnamienne - et elle forma la première génération d’artistes professionnels vietnamiens. Ainsi, l’académie de Hanoï est le lieu où naît la peinture vietnamienne moderne.


Qu’ont apporté les Vietnamiens à cette combinaison? Tout d’abord, ils n’ont pas copié le modèle français: ils l’ont adapté à leur sensibilité nationale. Ont été conservés comme éléments traditionnels intégrés dans la nouvelle expression artistique: la soie, les laques traditionnelles, les thèmes locaux (la vie rurale, les paysages asiatiques, la femme vietnamienne), la chromatique orientale (tons chauds, délicats, atmosphériques). Tout cela a donné naissance à une esthétique hybride, ni européenne ni asiatique, entièrement nouvelle.


Il convient de mentionner trois des représentants les plus importants: Tô Ngọc Vân, qui combine la technique française avec la sensibilité poétique vietnamienne; Nguyễn Phan Chánh, considéré comme le père de la peinture moderne sur soie; et Nguyễn Gia Trí, maître de la peinture moderne sur laque.


Les œuvres des artistes vietnamiens sont aujourd’hui vendues dans les célèbres maisons de vente Christie’s et Sotheby’s pour des sommes dépassant un million de dollars, ce qui témoigne de l’existence d’un marché de l’art extrêmement apprécié. Aucune autre colonie française n’a produit une école artistique moderne aussi originale, capable de combiner avec succès la technique occidentale, l’esthétique orientale, les thèmes locaux et une identité visuelle entièrement nouvelle. C’est un exemple éclatant de transfer culturel franco-asiatique.

La première promotion de l’EBAI autour de Victor Tardieu, 1926.

Zone géographique

  • Vietnam (Asie)

Voir aussi

Sources

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