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Surréalisme belge

  • Photo du rédacteur: Darius Sabó
    Darius Sabó
  • 21 mai
  • 4 min de lecture

La valise, est-elle la nouvelle voûte céleste des souvenirs...?


Le surréalisme fut un mouvement culturel et artistique, dont le but était d’explorer l’inconscient, en s’affranchissant du contrôle de la raison, de la morale ou des préoccupations esthétiques. Tandis qu’en France, les écrivains s’appuient sur l’écriture automatique pour concevoir des mondes et des dimensions fantastiques, les Belges, eux, suivent une tout autre démarche. Ils se réfugient au cœur même du réel, dans la vie de tous les jours, et détournent la réalité à leur guise. Car quoi de plus troublant que de jouer avec un mot ou une phrase, et d’en détourner le sens originel vers quelque chose de dénaturé, de déplacé, mais qui ouvre également de nouvelles pistes d’interprétation ? Une chose est sûre : en modifiant ce qui existe, on modifie notre perception sur tout ce qui nous entoure.


L’émergence du surréalisme en Belgique est marquée par la publication de la revue « Correspondance » en 1924 à Bruxelles. Il ne s’agissait pas d’une revue à proprement parler, mais d’une série de vingt-deux tracts, dont chaque numéro se distinguait par une couleur de papier spécifique. L’initiative de ces tracts a été portée par le groupe de Bruxelles, avec à sa tête Paul Nougé, accompagné de figures telles que Louis Scutenaire ou Marcel Lecomte.


Un deuxième noyau surréaliste important, nommé « Rupture », voit le jour en 1934 dans la région du Hainaut. Fondé par Achille Chavée, aux côtés de Fernand Dumont et d'autres artistes, ce groupe était beaucoup plus rebelle et engagé politiquement que ses collègues de la capitale. Ils croyaient fermement que l'art devait être une arme pour transformer radicalement la société. Les membres de Hainaut étaient attirés par le style français de l'écriture automatique, combinant ainsi le désir de liberté artistique avec des idées révolutionnaires pour lutter contre les règles strictes de l'époque.


Les œuvres surréalistes se distinguent par un style froid, ironique et détaché. Des écrivains comme Paul Colinet et Paul Nougé privilégient la poésie et les textes courts, prônant l'idée de dire plus avec moins. Cette littérature abonde d'ailleurs en aphorismes détournés : en y introduisant de nouveaux mots, les auteurs bouleversent radicalement le sens original de maximes connues. Louis Scutenaire est d'ailleurs célèbre pour son recueil d’aphorismes, intitulée « Mes Inscriptions ». Il ne s'agit pas tant de créer du neuf ou du poétique, mais plutôt de recycler l'existant. Par cette touche personnelle, à la fois glaciale et surprenante, l'écrivain transmue le banal en une énigme.


De plus, ils favorisaient la manipulation consciente du langage plutôt que l'automatisme de l'inconscient. Pour Paul Nougé, le sens d'un mot est arbitraire : en le détournant, on brise les mécanismes linguistiques pour créer un effet insolite ou inquiétant. Cette déstabilisation force le lecteur à questionner la nature du langage et transforme le banal en fantastique, sans jamais solliciter le surnaturel.


René Magritte sera profondément marqué par ces idées tant dans sa création picturale que dans ses écrits et esquisses littéraires, comme l’illustre le texte suivant :

Une princesse sans doute sortait du mur en souriant dans la maison entourée d’un ciel magnifique. Les fruits choisis se trouvaient sur une table, pour représenter des oiseaux. L’éclairage était compréhensible malgré quelques ombres sans cause et l’absence de profondeur au-delà des portes ouvertes. L’ensemble pouvait se mouvoir grâce à ses proportions.
Maintenant la princesse court, amazone sans vertige, sur des champs sans limites à la recherche des preuves mystérieuses. Elle use les pensées et les actes d’une foule infinie de personnages. Elle franchit de poétiques obstacles : la valise, le ciel ; le canif, la feuille ; l’éponge, l’éponge.

Le théâtre en plein cœur de la vie, 1928, p. 117

 

En analysant le texte, on observe des instances qui annulent le sens premier du mot pour le substituer par une image insolite : des fruits se métamorphosant en oiseaux. De même, Magritte propose un exemple subtil de la manière dont les objets acquièrent des significations nouvelles. Les mots, délimités par des points-virgules ( « la valise, le ciel ; le canif, la feuille ; l’éponge, l’éponge »), forment en réalité trois paires. Chaque binôme illustre comment le premier terme insuffle un sens inédit au second. Ainsi, la valise se voit investie de la dimension abstraite et vaste du ciel, tandis que le canif, malgré sa symbolique d'objet tranchant, se métamorphose en une entité délicate et fragile. Quant au mot éponge, il n’acquiert pas de sens nouveau, car on peut considérer que l’éponge absorbe toute signification possible. Dès lors, il demeure inaltérable, c’est comme un obstacle qui défie l’ensemble de ses propres sens.


Contrairement à la démarche française tournée vers le fantastique, les surréalistes belges choisissent de détourner le réel de l’intérieur. En somme, leur approche privilégie l'ironie et la précision technique pour modifier notre perception du monde environnant.

Zone géographique

  • Belgique (Europe)

Voir aussi

Sources

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