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Louis Scutenaire

  • Photo du rédacteur: Darius Sabó
    Darius Sabó
  • 21 mai
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 24 mai

Le public de ma garde-robe bat toujours le public humain.

L’aphorisme comme outil de réflexion insolite de la vie


Louis Scutenaire était un écrivain surréaliste belge qui consacra son temps à remplir des pages entières de réflexions, d’idées, d’anecdotes et d’aphorismes. Une question s’impose : qu’est-ce qui rend ces écrits si fascinants au point d’ériger leur auteur en pilier emblématique du surréalisme belge ?


Tout d’abord, il part de la réalité typique que nous connaissons tous et décide de la retoucher avec la volonté de créer quelque chose de nouveau et de choquant, sous l’impulsion d’une ironie assez fine. Par exemple :

Un aveugle aimait les oiseaux ; pas pour leur chant, pour leurs couleurs. 

L’aveugle ne connaît ni les couleurs, ni les nuances. Sa seule forme de connaissance réside dans l’imagination de réponses possibles aux couleurs, mais il n’en découvrira jamais la grande et véritable réponse. Il aime probablement les oiseaux parce qu’ils sont le moyen qui lui permet de méditer sur ces couleurs comme les hommes ordinaires ne le font pas : pour eux, les couleurs ne sont que des idées reçues. Et cela lui procure du plaisir. Un plaisir troublant, tout à fait inhabituel, mais à la fois juste.

C’est toujours dans le désert que l’on casse sa bouteille d’eau.

Le caractère choquant de cet aphorisme réside dans l'énonciation d'une vérité amère : une situation déjà précaire engendre une malchance supplémentaire qui, par ironie, devient la « cerise sur le gâteau ». Tout se passe comme si la vie suivait une loi non écrite, cherchant à éprouver la résistance de l'homme face à l'accumulation des déboires.


Ce qui est surprenant, c’est la manière dont l'écrivain attire l’attention sur des aspects de la condition humaine que la raison ordinaire ne saurait concevoir autrement. Par exemple, on a l’aphorisme suivant :

Je parle aux brosses, à mes pantalons, aux ciseaux, à mes cravates, à maints objets. Ils ne me répondent pas. Mais je continue quand même à leur parler.

L’homme du commun ne s’attend ni à ce que les objets lui répondent, ni à une telle remise en question de son monologue quotidien. Cette créativité débordante peut s'avérer troublante : elle rappelle à chacun la nature étrange, voire ridicule, de l'être humain.


Son œuvre se compose également d'une multitude de phrases courtes et percutantes, qui jouent sur des oppositions marquantes : « Ils sont parfois bien beaux, les mauvais films », ou « Je suis un optimiste qui a eu des malheurs », voire de questions : « Mais, pessimiste, qu’aviez-vous donc espéré ? » Ces oppositions empêchent la phrase de sombrer dans la banalité. Même si elle commence de façon normale, la fin apporte un côté insolite pour surprendre le lecteur. Au bout du compte, aux yeux de certains, les mauvais films peuvent s'avérer excellents. De plus, les pessimistes ne peuvent pas être blâmés pour chercher, malgré tout, une lueur d’espoir.


Pour conclure, l'aphorisme exprime une vérité profonde de manière percutante. En utilisant des oppositions et un ton ironique, il souligne les limites de la raison et nous invite à imaginer une nouvelle vision de la condition humaine, entre humour et sérieux. Pour Louis Scutenaire, comme pour d'autres écrivains surréalistes belges, c'est une manière de donner voix à une vérité inconsciente, invisible, inconfortable ou ridicule. Un absolu qui frémit au cœur de la vie ordinaire. Comme il le dit l’auteur lui-même :

Je poursuis l’absolu. Comme il galope !

Zone géographique

  • Belgique (Europe)

Voir aussi

Sources

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