Joual
- Izabela Almási

- 24 mai
- 3 min de lecture
Le Joual est une façon de parler le français au Québec. On le reconnaît par sa prononciation très populaire, ses expressions locales et ses mots empruntés à l’anglais. Le nom vient de la manière dont certaines personnes prononcent le mot « cheval ». Pendant longtemps, on disait que le Joual était un « mauvais français ». Mais aujourd’hui, il est devenu un symbole très important de l’identité et de la fierté des Québécois.
Le mot « Joual » a commencé à être utilisé dans les années 1960. Au début, c’était une insulte. Les gens éduqués utilisaient ce mot pour critiquer la langue des ouvriers pauvres de Montréal. On pensait que c’était un signe de manque d’éducation. Cependant, durant la « Révolution tranquille », tout a changé. Le Québec a voulu s’affirmer et se moderniser. Le Joual est alors passé d’une langue méprisée à une langue de création artistique. Les intellectuels et les artistes ont compris que c’était la vraie langue du peuple, celle qui transporte ses émotions et sa réalité.
Les artistes québécois ont commencé à utiliser le Joual pour se différencier du français de France, qu’ils trouvaient trop formel ou trop rigide. Le moment le plus important a été la pièce de théâtre de Michel Tremblay, Les Belles-Sœurs. Pour la première fois, on entendait sur scène des personnages parler exactement comme dans les quartiers populaires. En musique, des chanteurs comme Robert Charlebois ont mélangé le rythme du rock avec les mots du Joual. Cela a créé une musique moderne et libre. Le Joual utilise beaucoup de contractions (par exemple, on dit « Ch’sais pas » au lieu de « Je ne sais pas ») et des « sacres », qui sont des jurons inspirés de la religion catholique.
Le Joual provoque souvent des débats sur ce qu’est une « bonne » langue. Pour certains, c’est une dégradation du français, mais pour d’autres, c’est une évolution naturelle et créative. Cela crée parfois de l’insécurité linguistique : les gens ont peur de mal parler. Pourtant, le Joual est aujourd’hui une source de fierté culturelle. Il montre que le français peut s’adapter à son environnement. On peut comparer le Joual au « Nouchi » en Côte d’Ivoire. Dans les deux cas, c’est une langue de la rue, inventée par le peuple, qui finit par influencer toute la culture et la musique d’un pays.
Un extrait du dialogue de la pièce Les Belles-Sœurs (1968) de Michel Tremblay. Cet extrait se situe au tout début de l’œuvre. Germaine Lauzon vient de gagner un million de timbres-primes (qu’elle doit coller dans des carnets pour obtenir des cadeaux) et elle en parle avec sa fille, Linda. Extrait du dialogue :
Linda Lauzon : Misère, m’man, que c’est ça ?
Germaine Lauzon : C’est toé, Linda ?
Linda Lauzon : Ben oui. Que c’est ça, les caisses qui traînent dans’ cuisine ?
Germaine Lauzon : C’est mes timbres !
Linda Lauzon : Sont déjà arrivés ? Ah ben, j’ai mon voyage ! Eille, ç’a pas pris de temps, hein !
Germaine Lauzon : Ben non, hein ? Moé aussi j’ai resté surpris ! Tu v’nais juste de partir, à matin, quand ça sonne à ‘porte ! J’vas répondre. C’tait un espèce de grand gars. J’pense que tu l’aurais trouvé d’ton goût, Linda. [...] Y m’demande, comme ça, si chus madame Germaine Lauzon, ménagère. J’dis qu’oui, que c’est ben moé. Y m’dit que c’est mes timbres. Ah ben c’est ben simple, me v’là toute énarvée !
Ce document est essentiel car il montre comment le Joual s’écrit. On y voit des expressions colorées et une structure de phrase très directe. En lisant ce texte, on comprend que l’auteur ne voulait pas seulement écrire une pièce, mais qu’il voulait donner une voix et une dignité aux gens qui ne se sentaient jamais représentés dans les livres ou à la télévision.
Zone géographique
Québec (Amériques)
Voir aussi
Sources


